Représenter la Science, les sciences

Lorsqu’il s’agit de représenter la Science, les artistes utilisent classiquement plusieurs allégories. Au XIXe et au XXe siècle, les peintres figuratifs représentent la Science comme une jeune femme. Dans L’Apothéose des grands hommes s’étant distingués dans la Minéralogie et la Géologie (1856), Abel de Pujol (1785-1861) choisit de la représenter couronnant les géologues. Ceux-ci sont identifiés par un certain nombre d’attributs : le fossile désigne le paléontologue Cuvier, le marteau identifie le géologue Brongniart, enfin, les livres et l’épée permettent de distinguer le comte de Buffon.

Alexandre Abel De Pujol (1785-1861), L’Apothéose des grands-hommes de la Géologie et de la Minéralogie, 1856, peinture à l’huile sur toile, H. 38,5 x L. 40,5 cm, Valenciennes, Musée des Beaux-arts. © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda / Thierry Le Mage

A gauche : Giovanni Baglione (1566-1643), Uranie, muse de l’Astronomie, peinture à l’huile sur toile, H. 195 x L. 150 cm, Arras, Musée des Beaux-arts. © ACMNPDC | Au centre : Giovanni Baglione (1566-1643), Clio, muse de l’Histoire et de la Poésie héroïque, peinture à l’huile sur toile, H. 195,4 x L. 149,5 cm, Arras, Musée des Beaux-arts. © ACMNPDC | A droite : Giovanni Baglione (1566-1643), Euterpe, muse de la Musique, peinture à l’huile sur toile, H. 195 x L. 150 cm, Arras, Musée des Beaux-arts. © ACMNPDC

Les distinctions actuelles entre sciences et arts ne sont pas pertinentes au moins jusqu’au XVIIe
siècle. Ils sont enseignés ensemble dans le cadre des sept arts libéraux et notamment du « quadrivium », qui réunit Musique, Arithmétique, Géométrie et Astronomie. Ils bénéficient des mêmes protections divines : Apollon, dieu solaire de la poésie, de la musique et les 9 muses, ses compagnes. Giovanni Baglione (1566-1643) les représente ensemble dans une série de 10 tableaux. On remarque en particulier Uranie, reconnaissable à sa couronne d’étoiles et à la sphère armillaire, qui préside à l’astronomie et à l’astrologie, Clio, muse de l’Histoire reconnaissable à la trompette de la renommée et aux livres des historiens, et Euterpe, entourée d’instruments, qui protège la musique. Ce sont les rapports mathématiques entre les fréquences de vibration des notes qui créent ces relations étroites entre la musique et les mathématiques.

Lucien Jonas (1880-1947), La sidérurgie (v. 1935),
dessin au fusain et au pastel sur papier, H. 63 x L. 48 cm, Denain, Musée d’archéologie et d’histoire locale. © Germain Hirselj / Communauté d’Agglomération de La Porte du Hainaut

Crispin de Passe (1564-1637), graveur, d’après Marten de Vos (1532-1603), Iuventus Labori, Les quatre âges de la vie pl. 2, 1596, gravure au burin sur papier, H. 17,2 x L. 22 cm (trait carré), 18,7 x 22 cm (feuille), Gravelines, Musée du dessin et de l’estampe originale. © Boucourt Franck / ACMHDF

Si Apollon et ses muses sont associés aux sciences mathématiques « en général », les arts mécaniques, version appliquée des sciences, relèvent de la compétence d’Athéna, déesse guerrière de l’intelligence mise en pratique, comme ces deux œuvres le démontrent. Dans les deux cas, la déesse est associée à la transformation intelligente de la matière : à gauche, accompagnée du dieu forgeron Héphaïstos, elle se tient près de trois sidérurgistes, à droite, elle apparaît aux côtés d’un jeune travailleur qui reçoit ses conseils.

Philippe Gayot