Les musées, témoins d’une biodiversité en péril

Les collections d’histoire naturelle sont des enregistrements de la biodiversité. Mais quel est le rapport entre la conservation de restes d’animaux datant parfois de plus d’un siècle et la préservation du vivant aujourd’hui ?

La biodiversité, c’est une notion scientifique qui permet d’englober en un seul terme toutes les formes de vie à différentes échelles (écosystèmes, individus, gènes) en mettant l’accent sur la variabilité et les interactions dans le monde vivant. Ce terme a rapidement été utilisé par les spécialistes de la conservation de la nature pour alerter sur les conséquences des activités humaines.

Le premier impact visible est la disparition d’espèces : grand pingouin, tourte voyageuse, thylacine…  Ces animaux ont été collectés alors qu’ils étaient encore répandus, dans le courant du XIXe siècle, avant d’être totalement exterminés par la chasse. Ces spécimens deviennent alors de précieux témoignages des espèces qui vivaient autrefois mais aussi la preuve de notre capacité à modifier profondément notre environnement.

Pinguinus impennis, Grand pingouin, Saint-Omer, musées de Saint-Omer, inv. 10773
Tourte voyageuse, Lille, Musée d’Histoire Naturelle, zoo 6250. © ACMHDF / Franck Boucourt

Au-delà de ces quelques espèces emblématiques, on parle d’érosion de la biodiversité. La vision de cette perte globale de diversité biologique s’appuie bien sûr sur des études de terrain mais aussi sur les connaissances enregistrées au sein des collections des musées et des universités. A l’origine des collections se trouvent de grands naturalistes régionaux qui ont rassemblé les éléments leur permettant de décrire et d’étudier les espèces qui les entouraient : de nombreux spécimens d’oiseaux, de coquillages ou encore d’insectes ont ainsi été conservée avec leurs données de collecte. C’est la connaissance des dates et lieux d’origine des spécimens qui permet de connaitre ce qui était présent à différentes époques et de comparer avec ce que l’on observe aujourd’hui. On sait ainsi que certaines espèces fréquentes sont devenues rares, voire absentes de la région.

Ixobrychus minutus, Blongios nain, Saint-Omer, musées de Saint-Omer, inv. 10148

Boite de coquillages, coll. Auverlot, Lille, Musée d’Histoire Naturelle. © ACMHDF / Franck Boucourt
Boite d’insectes, coll. Auverlot, Lille, Musée d’Histoire Naturelle. © ACMHDF / Franck Boucourt

Les collections sont donc des enregistrements de la biodiversité passée et servent à ce titre d’éléments d’étude pour les chercheurs. Mais elles ont aussi un rôle pédagogique fondamental : visualiser l’importance de la biodiversité, en particulier de la biodiversité régionale, permet d’en prendre conscience et l’exposition des collections est un formidable outil de sensibilisation et de compréhension des enjeux de conservation.

Muriel Lecouvez,
Responsable des collections de zoologie au Musée d’Histoire Naturelle de Lille