L’étude d’une oeuvre : la Tapisserie du Tournoi de Valenciennes

La Tapisserie du Tournoi, chef-d’oeuvre des ateliers flamands de la fin du XVe siècle, est conservée au musée des beaux-arts de Valenciennes. À la demande du Metropolitan Museum de New York, elle est sortie de ses réserves en 2019 pour y être exposée. Cette traversée américaine est l’occasion de renouer avec des liens jusqu’ici inconnus grâce à l’exploration de la matière même de la tapisserie.

Vue générale :

Le Tournoi, haute-lisse, laine, soie et argent, Bruxelles, fin XVe siècle, 497 cm x 579 cm,Valenciennes, Musée des Beaux-Arts, O.A.87.19. © RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojeda

La restauration de l’oeuvre est accompagnée d’une étude des colorants et des fils métalliques par l’Institut Royal du Patrimoine Artistique à Bruxelles. Les échantillons sont analysés par chromatographie en phase liquide à haute performance (CLHP). Cette technique permet de séparer les molécules et de les analyser. Chaque colorant est ainsi identifié au travers de ses différents composants qui nous livrent les secrets de ses origines.

©KIK-IRPA Textile research lab

À gauche : Fils métalliques dorés et argentés enroulés autour d’une âme en soie. Le fil du bas est de couleur jaune orangé, réalisée à partir de bois de sappan | À droite : la couleur beige / jaune provient de la cochenille.

©KIK-IRPA Textile research lab

À gauche : La couleur jaune est obtenue à partir du genêt des teinturiers. | À droite : la couleur rouge/orange est originaire du bois rouge.

La teinture jaune utilisée est réalisée à partir de trois sources végétales : la gaude, le genêt des teinturiers et le mûrier des teinturiers. Ce dernier est importé d’Amérique depuis la fin du XVe siècle, période de la découverte des Amériques et de la fabrication de la tapisserie. Ce nouveau pigment témoigne des échanges commerciaux et technologiques entre l’Amérique et l’Occident dans la réalisation de produits de luxe. La teinture rouge pourrait, elle aussi, être originaire de cette partie du globe. Elle est obtenue à partir d’arbres à bois rouges provenant soit d’Orient (bois de sappan), soit d’Amérique du Sud (bois du Brésil). Comme le mûrier des teinturiers, la découverte du Nouveau Monde est propice à l’importation du bois du Brésil et à son utilisation, vivement appréciée. Le pigment rouge peut aussi être obtenu à partir d’insectes, les cochenilles, dont l’origine pourrait être européenne ou mexicaine.

L’analyse chromatographique des pigments de la tapisserie du Tournoi a ouvert une porte sur le monde, en l’occurrence le Nouveau Monde, avec lequel les grands ports des Pays-Bas espagnols, comme Bruges et Anvers, sont reliés. C’est en tirant quelques fils que nous avons traversé le monde grâce à une tapisserie aujourd’hui à Valenciennes.

Fleur Morfoisse, Directrice-conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes