Les musées, conservatoires de références mondiales pour les sciences naturelles

En 1869, deux géologues lillois découvrent près d’Hellemmes un fossile de tortue dans la craie qu’ils donnent à la Faculté des Sciences de Lille. Ils mentionnent leur trouvaille dans un des Mémoires de la Société des Sciences de Lille sans chercher à le déterminer précisément. Ce fossile (fig. 1) est étudié par Frédéric-Marie Bergounioux, spécialiste des tortues marines de l’Institut Catholique de Toulouse en 1936. A l’époque, les fossiles de tortues marines sont peu nombreux et le fossile lillois présente des caractères particuliers, qui diffèrent des autres espèces connues. Sur la base de ces caractères, Bergounioux crée une nouvelle espèce : nommée Thalassochelys lezennensis BERGOUNOIOUX 1936 (nom que l’on peut traduire par tortue marine de Lezennes). Il en publie la description dans un article accompagné d’une figure et d’une planche. Le spécimen découvert en 1869 devient alors, près de 60 ans après sa découverte, l’échantillon de base de cette nouvelle espèce : le « type ». Cet échantillon est aujourd’hui conservé au sein du département géologique des collections du Musée d’Histoire Naturelle de Lille.

Fig. 1 : Thalassochelys Lezennensis BERGOUNIOUX 1936, Carapace de tortue marine du Crétacé (-80 millions d’années) – Hellemmes (France), Lille, Musée d’Histoire Naturelle. © ACMHDF / Franck Boucourt

Lorsque les zoologues et les géologues inventent une nouvelle espèce, le Code International de Nomenclature oblige à en publier la description et à en désigner le « type ». Le but premier est de communiquer une nouvelle connaissance à l’ensemble de la communauté scientifique. Afin que cette connaissance puisse être vérifiée, l’échantillon de référence doit demeurer accessible à quiconque en ferait la demande. Son dépôt dans une institution muséale, dont la fonction est de garantir la pérennité des œuvres conservées et de les rendre accessible au public est fondamental. À mesure que les découvertes s’accumulent, le nombre d’échantillons de références augmente ; leur regroupement dans les institutions de recherche et muséale enrichit ces collections et permet d’en faciliter l’accès global. Le musée d’Histoire Naturelle de Lille conserve ainsi 2 000 spécimens de références cités et figurés dans la littérature scientifique : diptères actuels ou blattes du Carbonifère (fig. 2), reptiles marins du Jurassique (fig. 3), étoiles de mer du Dévonien (fig. 4), … autant de références scientifiques et patrimoniales inestimables pour les sciences de la vie et de la terre.

CampFig. 2 : Barroisiblatta retroflexa PRUVOST 1919, Aile de blatte du Carbonifère supérieur (-300 millions d’années) – Liévin (France), Lille, Musée d’Histoire Naturelle. © ACMHDF / Franck Boucourt

CaFig. 3 : Plesiosaurus brachyspondylus OWEN 1839, Mâchoire inférieur de reptile marin du Jurassique (-155 millions d’années) – Boulonnais (France), Lille, Musée d’Histoire Naturelle. © ACMHDF / Franck Boucourt

Fig. 4 : Bohemica granifer WHIDBORNE 1934, Etoile de mer du Carbonifère inférieur (-340 millions d’années) – Boulonnais (France), Lille, Musée d’Histoire Naturelle. © ACMHDF / Franck Boucourt

Thierry Oudoire,
Responsable des collections de géologie au Musée d’Histoire Naturelle de Lille